Les Souvenirs d’Auguste Rama nous apportent un témoignage inédit sur le déroulement des fêtes de fin d’année à Quintenas, dans les années 1890-1900.

Noël

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“Noël réunissait toute la paroisse à la messe de minuit et aux offices du lendemain. Quelle que fût la température ou l’état d’enneigement des chemins, longtemps avant minuit on pouvait voir scintiller au ras du sol, dans la campagne, les lanternes qui approchaient lentement en se dirigeant vers l’église. On y venait des hameaux les plus éloignés. Les chants qu’on entendait pendant cette messe étaient ceux de la plupart des paroisses, cantiques transmis par de nombreuses générations, et que beaucoup se plaisent encore à aller entendre, même ne fréquentant pas l’église, pour revivre un moment leurs souvenirs d’enfance.

Les gâteries consistaient en une orange et deux papillotes pour chacun, et nous nous estimions bien favorisés ! La grande joie était quand par hasard quelqu’un nous faisait cadeau de papillotes à pétards.

La veillée et le jour de Noël, tout le monde était gai, toutes les sottises pardonnées. Ces jours-là, on les passait tous réunis à la salle à manger, autour d’une « grille » où brûlait du charbon. Cela nous changeait des feux de bois de la grande cheminée de la cuisine. On chantait. Notre père chantait avec nous.

Il y avait de l’entrain. On sortait tous les jeux, jeu de patience, dominos, loto. Et après la messe de minuit, le réveillon !

Cette saucisse cuite au vin, on en rêvait longtemps à l’avance.”

Jour de l’An

“Pour le Premier Janvier, on se réveillait à la bonne odeur de pain grillé et de café au lait qui emplissait la maison. Notre premier geste était d’aller embrasser nos parents en débitant la formule rituelle : « Bonjour bon an ! », et dans la journée, nous les enfants, nous avions des visites à faire, c’était sacrosaint ! D’abord à nos plus proches voisins, Joselou et sa Rosette[1]. Ensuite à Julie Rey[2], qui habitait dans le village, et que l’on découvrait avec peine dans sa cuisine obscure et enfumée, notre cousine grincheuse. Elle nous remettait régulièrement à chacun, pour la circonstance, un morceau de sucre. Puis c’était au tour du maire de l’époque, M. Louis Chifflet[3], dont notre père était l’adjoint : grave, un peu solennel pour l’occasion, il rectifiait sa tenue en remontant son pantalon et en tirant sur les pans de sa veste, et, du haut de la petite terrasse de son escalier de pierre, il nous invitait à monter. Arrivés dans la maison, chacun disait, très poliment, son « Bonjour bon an ! » à lui-même, à sa femme et à sa fille.

Bien entendu, toutes nos lettres de vœux étaient expédiées depuis dix jours. Il faudrait pouvoir dépeindre les scènes qu’occasionnait cette tradition pour les enfants : la liste, pour chacun, des parents à qui offrir nos vœux, oncles, tantes, parrains, marraines – le choix des papiers spéciaux, gaufrés sur les bords, ornés de dentelles, ou de motifs fleuris appliqués par collage (J’ai eu l’occasion d’en retrouver récemment des spécimens, d’un rococo invraisemblable, de quoi faire rêver !) – et les formules de vœux que nous remettaient nos maîtres d’école, les Frères, en même temps que les papiers fleuris : ce serait à mourir de rire à l’heure actuelle !

Ces pratiques étaient tellement dans les mœurs que nos parents, si économes en toute chose, étaient très conformistes sur ce point et ne discutaient pas le prix élevé de ces papiers.”

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[1] Joseph et Rose DUMONT dits Les Jamilliou, demeurant à La Bardoine
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[2] Julie REY (1835-1912), demeurant au 7 Grande Rue

[3] Louis CHIFLET, maire de Quintenas de 1902 à 1915. Sa maison aujourd’hui démolie était située à l’angle de la rue de Saint-Romain-d’Ay et de la route de Saint-Alban-d’Ay, en face des Ateliers municipaux.
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