Réquisitions et pénurie

Les réquisitions

Les exploitations agricoles de Quintenas ont été touchées par les réquisitions. Dans notre village le gouvernement a prélevé des chevaux, du bétail, des céréales et du fourrage ainsi que du vin.

Les chevaux

On estime qu’environ 760 000 chevaux ont trouvé la mort pendant les quatre années du conflit. Entre 1914 et 1918, les réquisitions successives ponctionnent 950 000 chevaux sur les 3 200 000 têtes recensées sur le territoire. On connaît précisément le nombre de chevaux, ânes et mulets car il existe un recensement militaire des équidés organisé par le service de la remonte militaire.

Au début de la guerre, la force de traction reste encore majoritairement celle des animaux de trait notamment pour la logistique et l’artillerie, d’autre part la cavalerie est aussi, en 1914, une force combattante qui reste un modèle des armées. L’armée française compte alors encore 89 régiments de cavalerie à cheval.

La réquisition est organisée dès le début d’août 1914, par un comité d’achat des armées selon un barème fixé par une circulaire du Ministre de la guerre. Les chevaux achetés sont triés et affectés à des destinations diverses : monte, trait des pièces d’artillerie, traction des véhicules de la logistique, etc..

Une batterie d’artillerie nécessitait 225 chevaux ! »

Le Maréchal des Logis Joannès Gaumier (famille Souillard) sur son cheval - Collection famille Chaboud

Le Maréchal des Logis Joannès Gaumier (famille Souillard) sur son cheval – Collection famille Chaboud

Le bétail

Le recensement du bétail est sous la responsabilité de la commune. En mai 1915, le Conseil Municipal note qu’il lui faudra désigner des  membres du Conseil qui se rendront dans toutes les écuries du village pour vérifier les déclarations des propriétaires .

En juillet 1916, sont désignés Auguste Octrue, Émile Bonnet, Pierre Riou et Jean-Baptiste Veyrand. Le Conseil fait observer au Ravitaillement de Sarras que le rassemblement des animaux sur la place de l’Eglise sera matériellement impossible : personne pour conduire les bestiaux, Quintenassiens très occupés par les travaux. Il suggère de s’en tenir aux déclarations des propriétaires.

Les réquisitions d’animaux s’accompagnent de celles de la nourriture nécessaire à ces bêtes (avoine, fourrage), et des produits nécessaires aux attelages (harnachements, fers, clous) auprès des maréchaux-ferrants.

Dans le canton de Satillieu, on compte 3 000 bœufs et vaches pour 9 329 habitants. On y cultive 300 hectares d’avoine.

Délibération du Conseil Municipal de Juillet 1916 - Source Mairie de Quintenas

Délibération du Conseil Municipal de Juillet 1916 – Source Mairie de Quintenas

Journal d’Annonay du 23 septembre 1914 - Collection Mémoire et Actualité en Rhône-Alpes

Journal d’Annonay du 23 septembre 1914

Les chèvres

Des réquisitions de chèvres eurent également lieu, dès 1914, destinées à l’alimentation des troupes coloniales britanniques.

Les denrées agricoles

Délibérations du Conseil Municipal – Source Mairie de Quintenas

À Quintenas, une des denrées réquisitionnées est le vin. Le Conseil Municipal désigne une Commission chargée des opérations de réquisition de vin. Il nomme, parmi ses membres, MM. Chiflet, Faure, Micoulet, Riou et Veyrand ainsi que deux personnes parmi les producteurs les plus importants de la commune : MM. Léorat Adrien et Chirol Auguste. Sont réquisitionnables, les vins de plus de 7° au pèse-vin Maligand.

Pèse-vin
Collection Sylvette David

Les prix d’achat sont fixés par l’Intendance militaire. Le Conseil Municipal intervient pour demander un prix plus en rapport avec les frais de culture, soit 50 F l’hectolitre au lieu de 35 F l’hectolitre.

Les logements

Dès 1914 des familles de Quintenas ont accueilli des réfugiés. C’est la commune d’Annonay qui a centralisé la gestion de leur hébergement.

À Quintenas, des responsables de cette question ont été nommés par le conseil municipal en mai 1918 : Pierre Riou et Alexandre Gagnaire.

La presse locale se fait l’écho des préoccupations des municipalités à propos du logement des personnes déplacées : un souci dès les premières heures de la guerre.

Pénurie et contrôle des prix

Le ravitaillement de certaines denrées a été difficile, bien que les Quintenassiens en aient moins souffert que les habitants des villes. Des mesures ont été prises très tôt pour juguler l’envolée des prix.

Le ravitaillement

Le ravitaillement des Quintenassiens est un souci permanent à gérer pour les chefs de famille et pour le Conseil Municipal.

En 1914, le rationnement n’avait pas été prévu, ce qui avait donné lieu à de nombreux scandales. Il faudra attendre 1917 pour voir appliquer le rationnement et celui-ci n’est généralisé qu’en 1918 avec la mise en place d’une carte d’alimentation.

Plusieurs lois, de plus en plus restrictives, furent promulguées au fur et à mesure du prolongement de la guerre. Elles témoignent des difficultés de l’économie nationale et des privations de la population :

  • celle du 16 octobre 1915 concernait les opérations d’achat et de vente de blé et de farine pour le ravitaillement de la population civile ;
  • celle du 25 avril 1916, établissait les modes de ravitaillement de la population civile ;
  • celle du 8 avril 1917 concernait l’addition de farines de succédanés à la farine de froment.

Ces lois furent relayées par les préfets qui règlementèrent par arrêté les quantités de nourriture, comme celui du 30 décembre 1917 sur « la fabrication, la vente et la consommation du pain, de la pâtisserie, de la biscuiterie, de la confiserie et de la chocolaterie ».

Les privations alimentaires sont plus sensibles en milieu urbain qu’à la campagne.

L’évolution des prix

Dès les premiers jours de la guerre, les maires ont le souci de juguler l’envolée des prix des denrées. Les maires des communes rurales doivent aussi prendre en compte le manque à gagner de leurs administrés causé par les réquisitions. Le Conseil Municipal  de Quintenas s’émeut de l’impossibilité de vendre les pommes de terre au tarif souhaité à la suite d’une dépêche préfectorale, le prix d’achat des pommes de terre réquisitionnées étant inférieur au prix de production.

À Quintenas, on note une remarquable stabilité des prix alimentaires et des produits courants.
Le litre de pétrole, vendu 11 sous en 1913 à l’épicerie Chaboud, 35 Grande rue, coûte toujours 11 sous en 1916 !

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