RIOUX Paul

RIOUX Auguste Paul Pierre (29 ans)

Naissance
Le 12 mai 1886 à Quintenas

Adresse
Les Pilliats

Affectation
64e Bataillon de Chasseurs à pied
Caporal

Mort pour la France
Le 1er septembre 1915 à Klitzerstein – Metzeral (Haut-Rhin)
Tué à l’ennemi

Collection famille Mouton

Fiche Mémoire des Hommes RIOUX Auguste

Mort de Paul Rioux

Lettre de Clément Rama à sa mère, le 9 septembre 1915

Je vais te charger d’une bien triste mission auprès de la famille de Paul Rioux notre voisine.

Leur pauvre fils a été tué hier vers 4h de l’après-midi.

Inutile de te dire l’émotion que j’ai éprouvée en voyant son cadavre. Je me suis trouvé mal un instant mais cela ne m’a pas duré car en toutes circonstances, il faut réagir. Voici des détails : « Comme chaque jour, les Boches ont tiré leurs canons de ci de là, sans but précis ; mais dans l’après-midi, je ne sais pas ce qu’ils avaient repéré, en tous cas, ils se sont mis à tirer sur la tranchée qu’occupait la 9ème compagnie, c’est-à-dire celle de Paul ; avec plusieurs camarades, il est rentré dans un blockhaus fait contre le bombardement et en attendant que la rafale du 105 passe, il s’est mis à jouer aux cartes très joyeux.

Ses camarades étaient très inquiets sur ce bombardement et ne jouaient pas de très bon cœur. Paul leur dit alors : Comment ? vous avez peur de mourir ? Moi je suis prêt, je ne redoute pas la mort. Quelques instants après, un 105 arrive, se heurte contre un arbre, éclate devant la tranchée. Hélas, c’est un de ses éclats qui est venu si malencontreusement passer par une petite ouverture et donner la mort à notre pauvre Paul. Voici à peu près le dispositif.

Extrait de la lettre de Clément Rama

 

La mort n’a pas été instantanée car il a demandé, se sentant mourir, un peu d’alcool de menthe à son camarade puis immédiatement après, il a fait son signe de croix et il a expiré.

Il a fait une sainte mort ; que cela puisse apporter quelques adoucissements à la douleur de sa femme et de ses parents. Ce dernier renseignement, ce signe pieux, m’a été donné par plusieurs camarades qui ont échappé à ce danger et par le capitaine de la compagnie lui-même ; avec lui, il y a eu trois blessés, l’un une jambe coupée, qui est mort aussi et les deux autres moins grièvement. Le cadavre de notre pauvre ami et bon camarade a été apporté par l’équipe de service et c’est mon équipe à moi qui avons été chargés de creuser la fosse hier au soir et de l’ensevelir. Comme il était déjà nuit, j’ai demandé au major de vouloir attendre le lendemain, c’est-à-dire aujourd’hui pour procéder à ses funérailles afin que le prêtre brancardier puisse venir. C’est ce qui a été fait le matin à la pointe du jour, le prêtre brancardier est venu avec le sergent interprète et les prières ont été dites ponctuellement sur sa tombe ouverte. Ne pouvant lui donner une bière, je lui ai fait un lit avec des branches de sapins et l’en ai recouvert de même, avant d’y rejeter cette lourde terre.

C’est moi-même qui l’ai mis dans la fosse et n’ai pu retenir mes larmes en lui disant adieu ; ce sont de bien dures corvées mais il faut les faire malgré tout. Ce travail, il y a à peine une heure qu’il est terminé et dis leur qu’aucune mort jusqu’à ce jour ne m’a été si pénible sur le théâtre de la guerre. Le secrétaire de notre groupe pieux adressera à la famille demain une lettre de part. Une messe a été dite ce matin pour le repos de son âme. Le capitaine de sa compagnie lui a retiré toutes ses affaires personnelles ; elles parviendront à sa famille dans quelque temps. En tout cas, je lui ai retiré son chapelet que je vous adresserai dès que possible pour qu’il soit remis à sa famille en souvenir.

Je vais après ma lettre faire une croix, y inscrire son nom et mettrai les mêmes indications sur un papier et dans une bouteille afin que la famille après la guerre puisse venir tout au moins faire un pèlerinage sur la tombe de leur fils et mari tombé en héros et en saint. Je vais également prendre la photo du lieu, de la tombe que vous remettrez à sa famille et vous donnerai demain le lieu précis de sa dernière demeure.

En attendant que je puisse le faire de vive voix, présente à sa famille éplorée mes sentiments de condoléances les plus sincères.

 
Lettre du front de Jean Vergne à ses parents, le 17 septembre 1915

C’est avec beaucoup de peine que j’ai appris la mort de Paul Rioux, le tambourinaire appelé “La Poule”. Il était mon ancien camarade de jeunesse. Nous allions en champ ensemble aux Pâtureaux.

J’ai bien cette idée que, si l’on doit être atteint mortellement, on le sera tôt ou tard, malgré toutes les précautions possibles.