En route pour le front

Le jour-même de notre départ de Corte, l’on s’embarqua à Bastia pour Marseille où l’on arriva le 13 Mars à 8 heures du matin. La traversée fut paisible, la mer était calme en comparant avec la première fois.

À Marseille, l’on resta jusqu’à midi sous des hangars, l’on mangea un peu puis nous partîmes avec sac et chargement complet pour le camp de Carpiagne, situé à quelque trente kilomètres de là dans les Alpilles sur une sorte de plateau où le 415 de Marche était en formation. Je me rappelle que cette marche fut très pénible dans ces petits chemins montants et caillouteux.

Des quantités pour ne pas dire la moitié des troupiers laissaient choir le sac trop lourd et s’arrêtaient harassés et épuisés. La voiture de compagnie était surchargée de havresacs qui, par les cahots du chemin, retombaient sans cesse à droite et à gauche. Ce jour-là j’en vis de ces gaillards forts et solides, qui m’avaient raillé pour ma « faiblesse », accablés de fatigue et affalés au bord du chemin. Mon sac était aussi lourdement chargé que les autres et je tins bon jusqu’au bout sans faiblir.

À l’arrivée, à la tombée de la nuit, cependant je n’en pouvais plus ; tout trempé de sueur, comme les autres, je me couchai à terre sans même déboucler mon sac. Pour nous reposer il fallut dresser les tentes, une par escouade. Il nous fallut une partie de la nuit pour nous installer sous les marabouts.

Le lendemain était un Dimanche, une grande partie des camarades obtinrent une permission pour descendre à Marseille laissant ainsi aux autres le soin de monter les tentes et d’organiser le campement.

Les exercices commencèrent le 15 Mars en bas du plateau où était le camp. Nous y fîmes surtout des tirs et des marches d’entraînement. Je trouvais cette vie déjà plus intéressante que celle de la Caserne à Corte : la nourriture y était meilleure parce que nous avions un bon capitaine qui s’en occupait.

Nous étions très isolés et dans une triste solitude sur ce plateau de Carpiagne. Les localités les plus proches étaient Aubagne et Cassis à un certain nombre de kilomètres de là. L’on couchait sous les tentes trop exiguës pour une escouade. Le matin l’on entendait le réveil en campagne et l’on se levait tout humide de rosée, tout engourdi. J’allais ramasser le petit bois sec au milieu des genêts et faisait chauffer entre des cailloux le jus de l’escouade.

Aussitôt chaud : « Au jus la 3e ! » et tous de venir autour du petit feu, le quart en fer d’une main et le quart de pain de l’autre. Notre déjeuner matinal consistait à tremper une demi-livre de pain dans le café chaud.

Nous fîmes un jour une marche d’entraînement de Carpiagne jusqu’à Cassis, faisant en même temps du tourisme car nous descendions joyeusement et à grand peine le sac au dos les chemins escarpés des bords de mer.

Nous traversâmes le joli patelin de Cassis au son des clairons et tambours… [page déchirée]

Mon escouade comprenait des Corses pour la moitié et des Français du Sud de la France pour l’autre moitié. Les Corses, en général, n’étaient guère sympathiques. L’un d’eux, un nommé Conforti Dominique était un ancien forçat. D’ailleurs, je ne sais pourquoi, il y avait dans notre compagnie beaucoup d’anciens disciplinaires des Bataillons d’Afrique, des fortes têtes qui n’avaient jamais été vraiment domptées. Le Capitaine ayant dû sévir contre quelques uns était menacé de mort. L’un d’eux jurait de lui faire son « affaire » en arrivant aux tranchées.

J’ai parlé de l’ancien forçat que nous avions dans notre escouade. Un soir il se prit de querelle avec un ancien disciplinaire et ils en vinrent aux mains.  Conforti tira son couteau et blessa légèrement son adversaire à la poitrine. Ce dernier qui était un colosse le poursuivait, furieux, et voulait le broyer. Conforti fit tout à coup irruption dans la tente où nous étions tous tranquillement assis, se précipita au râtelier d’armes, prit un fusil, mit baïonnette au canon en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire et fonça en chargeant sur l’entrée. Aussitôt nous nous levâmes tous comme autant de ressorts, nous le saisîmes par les basques de son veston et nous réussîmes à arrêter son élan. D’autres dehors avaient également saisi son adversaire qui, en hurlant, essayait de leur faire lâcher prise. Enfin, ce soir-là, nous empêchâmes un malheur.

Si je n’y prenais garde, les Corses s’emparaient de mon fusil propre et graissé et m’en laissaient un négligé et malpropre quand il fallait aller à la revue. Quand ils avaient faim, ils ouvraient le sac d’un camarade, lui prenaient ses vivres de réserve, ses boîtes de singe, refermaient soigneusement le sac et mangeaient tranquillement en bavardant dans leur dialecte. Lorsque le camarade qui avait fait les frais du repas rentrait sous la tente, les Corses lui offraient de partager leur « boutisfaille » ; le camarade acceptait avec reconnaissance sans se douter de rien. Mais un jour… il se rendait compte.

Vers cette époque, mon Curé, le saint Curé de mon petit village essaya d’intervenir pour me tirer de ce milieu. C’était bien difficile, pour ne pas dire impossible. Et puis, la Providence qui avait voulu ou permis que je m’y trouvasse a toujours été bien bonne avec moi et si j’ai failli et si je me suis dégradé par la suite c’est que je n’ai pas su résister à l’épreuve, c’est que je n’ai pas su en profiter pour en retirer des fruits de sainteté. C’est dans le creuset des épreuves que l’on vérifie la pureté du métal de son âme. Mon âme a résisté longtemps, ensuite elle a glissé lamentablement pour ne plus jamais se redresser tout à fait. En faisant cette triste réflexion que de larmes n’ai-je pas versées par la suite.

J’avais eu comme camarades d’école, au village, deux jeunes gens d’une bonne famille catholique qui avaient fait des études en médecine et avaient été mobilisés en qualité de sous-lieutenants aides-majors. Ils étaient plus âgés que moi : l’un d’eux se trouvait au camp de Gemenos près de Marseille. Comme l’on me connaissait un tempérament maladif, le Curé de mon village avait imaginé, je pense, de faire intervenir ce jeune homme et d’user de son influence pour essayer de me faire verser dans le service auxiliaire ou parmi les infirmiers et brancardiers. Le projet ne réussit pas ; lorsque ce jeune homme vint au camp de Carpiagne pour m’y rencontrer le régiment était parti. Ce jeune homme, après avoir fait de rapides et brillantes études, soigné les grands blessés dans les hôpitaux de Lyon, publié de savants ouvrages scientifiques, a perdu la raison à la suite d’affaires sentimentales et, après un esclandre à Marseille que je n’ai jamais connu, il fut enfermé dans une maison de santé de la région lyonnaise où il est encore. Son frère est docteur à Annonay.

Après avoir séjourné pendant un mois au camp de Carpiagne, le 415 prit la direction du front.

Nous descendîmes à Meximieux, dans l’Ain, et ma compagnie cantonna pendant une dizaine de jours au village de Bourg Saint Christophe. Nous étions à proximité du camp de la Valbonne où le nouveau régiment acheva de s’entrainer et de s’organiser.

Le 12 Avril, on s’embarqua à Meximieux destination… le front… les tranchées… les boches…

Lettres de Jean Vergne à sa famille

Carpiagne, le 18 mars 1915

Chers Parents,

J’espère que vous avez reçu la carte par laquelle je vous faisais savoir que, ayant changé de régiment, j’avais été dirigé au camp de Carpiagne, près de Marseille.

Nous sommes partis de Corte le 12 mars par le train de 7h du matin. Vers midi, on s’embarquait à Bastia et, à 1h, nous partions à bord du « Balkan ». Nous sommes arrivés à Marseille le lendemain à 7h du matin.

Nous sommes restés sur le quai jusqu’à midi. Là nous avons cassé la croûte. Ensuite, sac au dos, arme sur l’épaule, en avant ! Au pas ! dans les rues de la ville. Nous marchons vers le camp de Carpiagne distant de quelque 30 km. Mon sac pesait bien, je crois, une trentaine de kilos avec tout ce que j’y avais fourré. Beaucoup de mes camarades qui paraissaient beaucoup plus costauds que moi n’ont pu résister à cette fatigue et se sont affalés au bord du chemin. La voiture de compagnie était surchargée de sacs qu’ils n’avaient pu porter jusqu’au bout. Moi, j’ai tenu bon malgré la fatigue et la transpiration.

Nous avons grimpé, grimpé dans ces collines désertiques. Enfin ! À la tombée de la nuit nous touchions au but. Quels délices de pouvoir enfin s’étendre par terre et se reposer. Nous allons coucher sous les tentes sur un vaste plateau.

On entend dire encore que nous devons aller en Turquie et que nous passerons par Alger où serait le dépôt du 415e.

La santé va bien. Rien ne me manque.

Dernièrement j’ai reçu à Corte un colis de la part de Mme Bompard, Ambassadrice de France à Constantinople et actuellement en résidence à Paris, rue d’Anjou n° 4. Ce colis contenait du linge chaud, des tablettes de chocolat et divers petits objets. Ces colis étaient expédiés par la Procure générale des Frères. J’ai adressé un accusé de réception à Mme Bompard et l’ai remerciée aussi bien que j’ai pu. Avec le linge apporté et celui qu’on m’a donné au Régiment j’en ai plutôt un peu trop. Je vais tâcher de vous envoyer un ballot du linge que j’ai en trop. Je pense que vous avez reçu mes deux dernières lettres avec les six photos que je vous ai envoyées. J’espère que vous allez tous bien à la maison.

Adieu Chers Parents.

Votre fils qui vous aime

Jean

Jean Vergne, soldat au 415e R.I., 11E Cie, 3e Escouade – Camp de Carpiagne près de Marseille (B. du Rh.)

Camp de Carpiagne, le 26 Mars 1915

Chers Parents,

Excusez-moi si je suis en retard à vous répondre. L’on a pas un instant de temps libre. Le matin, on s’habille en vitesse et l’on part à la manœuvre. À 11h on a juste le temps de nettoyer un peu son fusil et manger la soupe. Je profite d’un petit moment avant de me coucher pour vous écrire ce mot à la lumière d’une bougie.

J’ai reçu la lettre d’Hervé, le mandat et le bon saucisson que vous m’avez envoyé. Je vous en remercie bien, mais je ne vous avais pas demandé d’argent. J’en ai toujours de reste et à vous il manque peut-être.

Je suis en bonne santé, tout va bien mais « ça barde » comme on dit. Il est absolument impossible d’obtenir une permission de 48h. Je n’ai même pas pu en obtenir une de 24h pour aller jusqu’à Marseille.

Un grand bonjour à tous,

Votre petit soldat qui vous aime.

Jean

Camp de Carpiagne, le 30 Mars 1915

Chers Parents,

Je n’ai pas le temps de vous écrire une longue lettre. On vient de nous apprendre que nous allons nous rendre au Camp de la Valbonne près de Lyon. Nous devons partir le 1er Avril.

Le 1er bataillon part de la gare d’Aubagne à 9h, le 2e à 3h de l’après-midi et le 3e à 7h du soir. Je suis du 3e bataillon. Je ne sais quelle est la distance entre La Valbonne et Lyon mais j’espère que je pourrai obtenir une permission de 24h pour aller vous voir. Dimanche dernier, j’ai pu aller jusqu’à Cassis d’où je vous ai expédié un ballot des affaires que j’avais en trop. J’en ai encore de trop car le sac est lourd à porter.

Aussitôt arrivé au camp de la Valbonne, je vous donnerai ma nouvelle adresse. On dit encore que nous irons peut-être aux Dardanelles. Il n’y a encore rien de certain. En tout cas nous n’y partirons pas avant deux ou trois semaines.

Adieu chers Parents. Peut-être à bientôt.

Votre fils qui vous aime.

Jean

Bourg-Saint-Christophe, le 3 Avril 1915

Chers Parents,

Je vous avais avertis par ma dernière carte que nous quittions le camp de Carpiagne.

Nous avons voyagé toute la nuit du Jeudi au Vendredi Saint. On est plus éloignés de Lyon que je le croyais. On est dans le département de l’Ain. On est plus loin que le camp de la Valbonne.

Nous sommes descendus du train en gare de Meximieux, à environ 2 heures de train de Lyon-Brotteaux. Nous avons été dispersés à la hâte chez les paysans du village par sections et par escouades.

Le village d’environ 600 habitants paraît assez pauvre. La plupart des maisons sont délabrées et à moitié abandonnées. On est à 2 km de Meximieux qui est une ville assez agréable. Je préfère être ici qu’à Carpiagne. On y est plus tranquille et plus libre. À Carpiagne on avait constitué un régiment, le 415e. Il semble qu’ici, dans la région, on va constituer un Corps d’Armée.

Adieu, chers Parents.

Votre piou-piou qui vous embrasse tous.

Jean

Soldat Jean Vergne, 415e R.I., 11e Cie, 1ère Section, 3e Escouade à Bourg-Saint-Christophe par Meximieux (Ain)

Bourg-Saint-Christophe, le 7 Avril 1915

Chers Parents,

Nous avons repris les exercices comme auparavant. Depuis lundi, nous sommes en manœuvres. Il fait un temps détestable, il pleut sans arrêt, les rues du village sont pleines de boue. Chaque jour, nous faisons l’exercice sous le pluie. Nous restons ici plus longtemps que je l’avais pensé. Il y tant de choses à organiser et à mettre au point. Nous n’avons pas encore de mitrailleuses. Aujourd’hui je passe mon temps à faire des corvées.

J’ai écrit à Marius Vergne qui m’a répondu aussitôt. Tout va bien. On est mieux qu’à Carpiagne. Je suis en bonne santé. Si j’obtiens une permission de 24 heures (impossible d’en obtenir de plus longues) je vous avertirai aussitôt.

Adieu, chers Parents.

Votre fils qui vous aime.

Jean

415e R.I., 11e Cie, 1ère Section, 3e Escouade à Bourg-Saint-Christophe par Meximieux (Ain)

Bourg-Saint-Christophe, le 9 Avril 1915

Chers Parents,

J’ai reçu aujourd’hui votre aimable lettre et je vous remercie des nouvelles que vous me donnez. Nous commencions à être installés et habitués dans ce coin-là mais ce soir on vient de nous prévenir que nous partirions probablement lundi prochain. Pour quelle destination ? Je l’ignore. Mais il est probable que c’est pour aller sur le front ou pour nous en approcher un peu plus. Je ne crois plus que nous soyons destinés à aller aux Dardanelles. Puisque nous nous dirigeons à l’opposé ! On y a peut-être songé au moment de la formation de notre régiment. Ensuite il en aura été décidé autrement. Je suis toujours en bonne santé et désire que ma lettre vous trouve de même.

Ne m’écrivez pas avant que je vous aie donné une autre adresse. J’avais obtenu une permission pour Dimanche lorsque nous est parvenue la nouvelle que je vous annonce. Par ordre général aucune permission n’a été définitivement accordée.

Adieu, chers Parents.

Votre soldat vous embrasse tous.

Jean

« Courons à la frontière, Soldats de dix-neuf ans.
Entrons dans la carrière, Quand revient le printemps. »

À Monsieur Rullière Antoine, aux Pêchers, Quintenas

Bourg-Saint-Christophe, le 10 Avril 1915

Chers Amis et Voisins,

Je me souviens toujours des amis avec lesquels nous avons eu tant de relations de bon voisinage. J’avais déjà pas mal voyagé ; maintenant la guerre me fait faire un petit tour de France en attendant que je fasse un tour du monde. À Corte j’ai vu le pays sauvage de la Corse. Je suis revenu à Marseille que j’avais déjà visité ; puis du côté de Lyon.

Je vais repartir le lundi 12 Avril pour une destination inconnue. Je pensais bien être à Montjoux Dimanche dernier car, le Vendredi, j’avais obtenu une permission de 24 heures, lorsque est arrivé la nouvelle de notre départ. Toutes les permissions ont été suspendues.

Adieux chers Amis,

Jean Vergne

À Monsieur Hervé Vergne, Restaurant Juillat, rue de Tournon, Annonay

Bourg-Saint-Christophe, le 10 Avril 1915

Cher Aîné,

À peine étions-nous installés à Saint-Christophe que l’on nous apprend qu’il faut à nouveau partir pour une destination inconnue lundi prochain.

Nous avions bien aménagé nos literies il n’y a que trois jours et vlan ! aujourd’hui il a fallu démonter tout ça.

Il est certain que nos officiers eux-mêmes n’avaient pas prévu un aussi prochain départ. Quand je voyais qu’on installait aussi bien toutes choses, je m’étais dit : nous voilà ici pour au moins deux ou trois semaines. L’ordre de re-départ est arrivé si soudainement que tout a été arrêté et, depuis Vendredi soir nous ne faisons plus que des corvées.

Si nous montons sur le front cela ne me fait rien car me voici maintenant assez bien habitué à la vie du soldat en campagne.

Je suis en bonne santé, tout va bien, rien ne me manque. Adieu, mon cher Aîné, je te serre bien affectueusement la main.

Ton cadet qui t’aime.

Jean

Bourg-Saint-Christophe, le 11 Avril 1915

Chers Parents,

Hier, on nous a photographiés peut-être pour la dernière fois. Avant de partir, je vous envoie trois photos. Il me semble que le photographe a un peu forcé sur le noir mais, grâce à je ne sais quoi, je suis encore le moins nègre de tous.

Nous partons demain, 12, pour une destination inconnue comme je vous l’avais déjà dit. Aujourd’hui Dimanche, nous travaillons encore à déménager nos affaires. Nous avions depuis trois jours seulement tout ce qu’il fallait en fait de literie : couche de paille, isolateur en bois, paillasson, sac de couchage, couverture, couvre-pieds. On nous a tout enlevé. Il faut comme les premiers jours passer la nuit simplement sur la paille.

Je vous le dis encore une fois, je pars content et plein de courage.

On vient de nous annoncer une bonne nouvelle mais je ne sais pas si elle est vraie. Si elle est vraie, vous comprendrez ce que je veux dire.

Adieu, chers Parents,

Votre soldat qui vous aime.

Jean

En route pour une destination inconnue, le 15 Avril 1915

Chers Parents,

Juste un mot pour vous dire que nous arrivons en gare de Laroche. Il est 1h du matin. Je mets cette carte à la poste en gare de Laroche.

Je pense au parrain d’Hervé, Joseph Mary, notre cousin. Nous savons donc que nous nous approchons de Paris.

Jean

Creil, le 15 Avril 1915

Chers Parents,

Nous venons d’arriver à Creil. De la gare nous voyons les dégâts, des maisons en ruine. Les Boches étaient venus jusque là. On les en chassa en Septembre dernier.

Adieu, chers Parents.

Jean

Secteur postal 114, le 16 Avril 1915

Chers Parents,

Me voici tout près de la ligne de feu. Nous sommes à une vingtaine de kilomètres du front. Nous entendons les canons.

Dans deux ou trois jours, je crois que nous serons en 3e ligne.

Nous avons fait un excellent voyage. J’ai noté les gares où nous nous sommes arrêtés : Ambérieux, Bourg, Saint Amour, Louhans, St-Laurent-en-Bresse, Dijon, Nevers, Laroche, Sens, Montereau, Fontainebleau, Melun, Lieusaint-Moissy, Brunoy, Ville Neuve, Valenton, Nogent-Le-Perreux-Bry, Creil, Saint-Just-en-Chaussée.

Je suis en excellente santé, tout va bien.

Je vous embrasse bien affectueusement.

Votre fils qui vous aime.

Jean

415e R.I., 3e Bataillon, 11e Cie, 1ère Section, 3e Escouade, Secteur Postal 114